Yang Tai Ji Quan


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«Boxe du Grand Faîte », ou « Poing ultime » ou encore «Action du Principe Absolu ». Aussi Taichi-chuan, Taikikiuan, Tai-ki-kuen, Tai-ki-pai: système de boxe classé dans le courant interne (Nei-jia), au même titre que le Ba-gua-quan et le Xing-yi-quan en raison de ses relations avec le système cosmogonique chinois (Wu-xing). C'est l'expression du concept du Tai-ji. On en parle souvent comme d'une « boxe contre l'ombre » ou d'une « méditation en mouvement », ou encore de « Yoga dynamique ». En réalité, l'aspect actuel des séquences du Tai-ji-quan avec leurs mouvements systématiquement lents, excluant (sauf pour le style Chen) les techniques rapides et puissantes, ne date que d'environ un siècle (alors que son histoire est très ancienne) : le souci sportif et la focalisation de l'individu de la seconde moitié du xxe siècle sur les aspects thérapeutiques du mouvement et la recherche intérieure chinoise (Qigong) ont éloigné le Tai-ji-quan de ses racines authentiquement guerrières pour en faire une pratique de santé. On y réfère actuellement le plus souvent sous la désignation abrégée de « Taiji ».

Histoire
Comme pour tous les arts martiaux, l'origine du Tai-ji-quan se perd dans la nuit des temps et la généalogie des maîtres de l'art reste floue jusqu'au XIX' siècle. Jusque-là il faut se satisfaire de théories et de légendes. On dit que le Tai-ji-quan viendrait de la dynastie Tang (618-907) à travers quatre écoles, la Hsu, la Yu, la Cheng, la Yin (voir aussi Hou-tian-fa*). La source la plus généralement évoquée cependant est l'ermite taoïste Chan-San-Feng (Zhang-San-Feng*) qui aurait vécu au XIII" siècle dans la province du Hopei, sur la montagne Wudang*. La légende veut que, à la vue du combat entre une grue et un serpent, et au constat de la défaite de ce dernier, il eut l'idée de créer le style de combat Mu-tong-pai, ancêtre du Tai-ji-quan (peut-être aussi eut-il la révélation au cours d'un songe où lui apparut le grand empereur Huang-Di lui-même...). La tradition des arts martiaux en fait un des chefs de file du courant ésotérique (Nei-jia*), plus préoccupé de recherche intérieure que de réalisme en combat. On trouve parfois même des allusions à deux sages taoïstes de même nom (Chang-San-Feng), qui ont vécu l'un sous la dynastie Song (960-1279) l'autre sous celle des Ming (1368.1644). Le développement récent, et historique, du Tai-jiquan date du temps de son introduction, au xvne siècle, dans la province du Honan par Wang-Zong-Yue* qui le passa au clan familial des Chen (Chen-Wang-Ting"), d'où l'aurait appris Yang-Lu-Chan*. La famille des Chen, du village de Chen-Chia-Kou (voir sous Chen Taiji-quan*), dans le Honan, fut longtemps le dépositaire exclusif de l'art qui était enseigné en secret dans le strict cadre familial restreint. C'est pourtant là que le Tai-ji fut « volé » par un jeune étranger du nom de Yang-Lu-Chan (1799-1872)* qui, s'étant fait engager comme domestique dans la famille, surprit et épia les entraînements jusqu'à, un jour, être admis comme disciple, tellement le vieux Chen-Chang-Hsing (1771-1853) fut impressionné par sa volonté d'apprendre et son habileté à copier en secret. Yang put alors étudier pendant plusieurs années avant de l'enseigner à Pékin, où on le surnomma « l'invincible » à cause des défis et combats célèbres dont il sortit toujours vainqueur. Après sa mort ses fils répandirent son style à travers le pays (voir sous Yang Taiji-quan*). Yang Lu-chan fut le premier à modifier la forme initiale du Tai-ji-quan. D'autres suivirent la même démarche.

On distingue aujourd'hui 4 grands styles :
  • le style Chen: venu de Chen Wang-ting (1587-1664).
  • le style Yang: venu de Yang Lu-chan (1799-1872).
  • le premier style Wu (également référencé sous le nom de Hao) : créé par Wu Yu-xiang (1812-1880), élève de Yang Cheng-fu, et professeur de Hao Wei-zheng.
  • Le second style Wu: le créateur en fut Chuan-yuck (Wu Quan-hou: 1834-1902) élève de Yang Pan-hou, le premier fils de Yang Lu-chan. Mais il s'est surtout développé avec son fils, Wu Chien-chuan (Wu Jianquan:1870-1942). Il reste très proche du style Yang, mais les mouvements sont plus courts.
  • Le style Sun: de Sun Lu-tang (1860-1932) qui fut un maître des écoles Xing-yi-quan et Ba-gua-quan avant d'étudier le Tai-ji-quan sous Hao Wei-zheng. Il en fit une synthèse personnelle, très efficace.
On peut les classer en grands styles (Da-jia: le Chen et le Yang), en style moyen (Zhong-jia: le second style Wu) et en styles courts (Xiao-jia, pour le premier style Wu, et Huobu-jia, soit « forme du rythme soutenu », pour le Sun). Il existe en réalité de nombreuses autres formes de Tai-ji-quan, quoique plus récentes parmi lesquelles :
  • Le style de Hao Wei-zheng (1849-1920), premier
style Wu.
  • Le style de Chang Dong-sheng (1909-1986).
  • Le style de Chang Yun-jie (1906-1970).
  • Le style de Fu-Zhensong (1881-1953).
  • Le style de He Qingxi (1862-1936).
  • Le style de Li Ruidong (1851-1917).
  • Le style de Wan Laisheng (1903-1992).
  • Le style de Taiji Tanglang-quan.
  • Le style de Chun Man-yi, élève de Wu Jianquan, qui date de 1919. Chun observa que le Tai-ji-quan, trop aride et trop long, ne pourrait devenir populaire vainqueur. Après sa mort ses fils répandirent son style à travers le pays (voir sous Yang Taiji-quan*). Yang Lu-chan fut le premier à modifier la forme initiale du Tai-ji-quan. D'autres suivirent la même démarche. On distingue aujourd'hui 4 grands styles:
  • le style Chen: venu de Chen Wang-ting (1587-1664). - le style Yang: venu de Yang Lu-chan (1799-1872).
  • le premier style Wu (également référencé sous le nom de Hao) : créé par Wu Yu-xiang (1812-1880), élève de Yang Cheng-fu, et professeur de Hao Wei-zheng.
  • Le second style Wu: le créateur en fut Chuan-yuck (Wu Quan-hou: 1834-1902) élève de Yang Pan-hou, le premier fils de Yang Lu-chan. Mais il s'est surtout développé avec son fils, Wu Chien-chuan (Wu Jianquan: 1870-1942). Il reste très proche du style Yang, mais les mouvements sont plus courts.
  • Le style Sun: de Sun Lu-tang (1860-1932) qui fut un maître des écoles Xing-yi-quan et Ba-gua-quan avant d'étudier le Tai-ji-quan sous Hao Wei-zheng. Il
en fit une synthèse personnelle, très efficace. On peut les classer en grands styles (Da-jia: le Chen et le Yang), en style moyen (Zhong-jia: le second style Wu) et en styles courts (Xiao-jia, pour le premier style Wu, et Huobu-jia, soit « forme du rythme soutenu », pour le Sun). Il existe en réalité de nombreuses autres formes de Tai-ji-quan, quoique plus récentes parmi lesquelles :
  • Le style de Hao Wei-zheng (1849-1920), premier style Wu.
  • Le style de Chang Dong-sheng (1909-1986).
  • Le style de Chang Yun-jie (1906-1970).
  • Le style de Fu-Zhensong (1881-1953).
  • Le style de He Qingxi (1862-1936).
  • Le style de Li Ruidong (1851-1917).
  • Le style de Wan Laisheng (1903-1992).
  • Le style de Taiji Tanglang-quan.
  • Le style de Chun Man-yi, élève de Wu Jianquan, qui date de 1919. Chun observa que le Tai-ji-quan, trop aride et trop long, ne pourrait devenir populaire
sous sa forme ancienne. 11 créa donc des exercices originaux, en introduisant des mouvements de gymnastique occidentale et en prônant des explications scientifiques (c'est lui qui usa notamment de l'image du ballon ou du bâton pour expliciter certains mouvements). Politiquement bien placé, il fit entrer ses exercices. en 1933, dans le programme des professeurs chinois d'éducation physique. Le centre de ce nouveau Tai-ji-quan fut Shanghai où, en 1935, lors d'une grande rencontre nationale d'athlétisme, 5 000 enfants en firent une démonstration. En 1936, on en fit également une démonstration au 11" Jeux Olympiques, à Berlin. Puis, faute d'un réel support populaire, ce Tai-ji-quan tomba rapidement dans l'oubli, mais plusieurs idées de Chuan Man-yi furent reprises dans les autres styles. - Vers 1950 Chen Man-ching (Zheng-Man-Qing* 1901-1975), élève deYang Chen-fu, simplifia également le style en créant une séquence de 37 positions
seulement.
  • Une étape décisive fut franchie par la Société d'Education Physique de Chine qui, en 1956, décida de regrouper à Pékin les spécialistes d'alors pour un séminaire d'étude approfondie de leur art. On prit comme base le style le plus populaire, le Yang, mais on le contracta en 24 formes majeures: c'est la forme dite « de Pékin » (Petit Enchaînement). C'est ce Tai-ji-quan modifié qui devint depuis, malgré une éclipse temporaire due à la Révolution Culturelie de 1966, la forme la plus
populaire en République Populaire de Chine, où il est pratiqué dans les écoles, les usines, les fermes, les hôpitaux, le matin dans les parcs publics. Yang-Ming-Shi* (Yo-Meiji) l'introduisit au Japon (Taikyokuken*).
En 1957, la même société créa une séquence standard plus longue, en 88 positions retenues sur les 108 du style Yang puis, en 1959, une nouvelle synthèse en 48 mouvements à partir des styles Chen, Yang et Wu. Plus récemment, les formes traditionnelles ont toutes peu ou prou été touchées par quelques modifications dans l'agencement des séquences. Ainsi, à Pékin, un collège de professeurs des divers styles (ainsi Zhang Wenchang, Zhang Shan, Men Huifeng, Li Binci, Kan Guixiang, pour les plus connus) a-t-il créé des formes modernes pour répondre aux besoins de la rapide évolution sportive de l'art traditionnel (il y a maintenant des.. . compétitions de Tai-ji!) et à la demande d'unification à l'échelle internationale. Enfin des experts plus ou moins connus dans le monde proposent également des versions modifiées du Tai-ji-quan: ainsi Lee Ying-arnh, de Hong-Kong (son style ne conserve que 58 mouvements sur les 108 d'origine), Andrew Lum à Hawaï,
William C. Chen à New-York,. . . A noter que le style que Sawai Kenichi* a développé au Japon sous le nom de Taiki-ken* n'est pas un style de Tai-ji-quan, mais une forme de Xingyi-quan*.

Les racines de la culture taoïste dans le Tai-ji-quan
Toutes les civilisations anciennes ont deviné l'étroite relation entre le corps de l'homme et le monde qui l'entoure ; cela n'est pas propre à la Chine, mais c'est  probablement en Chine que l'on a, depuis des temps immémoriaux, cherché le plus à cerner le mystère. On s'est aperçu que l'homme aussi subissait les lois du Yin, du Yang, et des Cinq Eléments. Ainsi les parts respectives de Yin* et de Yang* que renferme tout individu sont-elles responsables de ses « saisons », de ses rythmes, de ses pulsions, de ses maladies. A la naissance, Ie nouveau-né est rempli de Yang, qui croît jusqu'à la maturité, Mais son corps contient également une
parcelle de Yin, grandissant à mesure que la vie passe, £mit par dépasser la part de Yang et amener la vieillesse. Ceci est une loi naturelle à laquelle il doit se plier et lorsque l'homme prend conscience de cette réalité, il a déjà fait un premier pas en avant, vers sa libération, vers la découverte de ses racines, vers la « Connaissance ». Car cette dernière consiste tout simplement, si l'on peut dire, à harmoniser son Yin et son Yang avec le Yin et le Yang du Ciel, c'est-à-dire à retrouver la Voie de l'unité avec le Dao*; c'est le sens de l'expression « Tian-ren-he-yi » (« le Ciel et l'Homme procèdent de l'Unité Primordiale »). En réalisant en lui l'harmonie des grands principes du Dao, il devient le Sage taoïste, l'Homme idéal confucéen (Daojen*, Xian*), l'Homme Accompli qui est le but vers lequel tendent tous les arts dits martiaux (voir Tatsujin*, Meijin*). Alors cet homme nouveau réalise comme l'homme ordinaire n'a jamais réalisé, il peut comme ce dernier n'a jamais pu. Car dans cet univers organisé apparaît l'homme, à la jonction du Ciel et de la Terre. Mais la disposition architecturale du macrocosme se projette sur le microcosme humain et l'homme est un peu de poussière de la terre et un peu d'énergie (Qi*) qui lui vient du Ciel. De la Terre (énergie Yin), il puise l'énergie à travers l'alimentation; du Ciel (énergie Yang), il prend l'énergie sous forme de respiration. Ciel-Homme-Terre, constituent ce que l'on appelle dans le Taoïsme, la Grande Triade. Ciel et Terre sont considérés comme Esprit et Substance qui, en s'unissant, créent un Tiers, qui est l'Homme. Nouvelle donnée qui permet d'approcher davantage le sens de la pratique du Taiji-quan qui, plus que le geste, est l'esprit du geste.
Les 108 mouvements du Grand Enchaînement sont répartis en trois groupes qui s'enchaînent harmonieusement et aui s'a~oellent é~alement z x " Terre, Homme, Ciel ... correspondant à trois paliers de la pratique :
  • D'abord la Terre (premièrepartie du Tai-jij : le Qi se met en circulation; d'abord des épaules aux doigts, puis de la hanche à la plante des pieds, enfin des vertèbres au sommet du crâne.
  • Puis l'Homme (deuxième partie du Tai-ji: le Qi pénètre les os, d'abord en s'enfonçant dans le Dan-tian*, puis en pénétrant les membres, enfin en se diffusant dans tout le corps.
  • Enfin le Ciel (troisième partie du Tai-ji): c'est l'étape ultime, mystérieuse, au cours de laquelle il faut « interpréter » l'énergie. 11 faut « sentir l'énergie » puis
« la comprendre » (intuitivement) pour, finalement, atteindre la clarté spirituelle, fusionner dans le GrandTout, se diluer dans le Dao, être le Dao.
Dans la pratique du Tai-ji-quan chaque geste, chaque déplacement, chaque composante physique comme chaque attitude mentale, sont imprégnés de cette prise de conscience et rappellent que l'efficacité réelle ne peut venir qu'en suivant intuitivement (et non par une démarche de l'intelligence pure) les lois de la nature; le pratiquant doit s'efforcer à agir en accord parfait avec cette mutation perpétuelle qui l'entoure et l'habite, système cosmique dans lequel il doit se fondre. Rester
inerte en face de ces lois ou aller à contresens finirait par le détruire. Toutes les écoles de la tendance Nei-jia (systèmes internes) des arts martiaux chinois s'enracinent dans ces postulats du Taoïsme. Dans cette optique le déroulement du Tai-ji-quan peut être considéré comme un véritable rituel devant mettre le pratiquant en contact avec « quelque chose » d'intangible.

Les types de pratique
L'étudiant de Tai-ji-quan abordera successivement différentes étapes techniques qui le conduiront vers une pratique et une compréhension intégrales de l'art.
  • Les bases: il s'agit de la méditation (assise, en position du demi-lotus, ou debout) et d'exercices simples destinés à apprendre à respirer correctement (respiration abdominale), à mobiliser le Qi, à travailler le Qi, à relaxer le corps, à coordonner le mental et le physique.
  • Les Duan (séquences de mouvements): on se meut selon les mêmes principes que dans les exercices de base mais le tout en déplacement, en une suite ininterrompue de mouvements liés. Ceux-ci sont basés sur les « 13 postures » du Taiji ancien (Shi-san-shi*). La Xing-jia (ancienne école) se pratique en une seule séquence (Pan-jiazi) tandis que la Lao-jia (nouvelle école) distingue trois séquences aux difficultés et aux temps d'exécution grandissants.
  • Le Tui-shou* (« mains collées »).
  • Le San-shou* (« dispersion des mains »).
  • Les techniques annexes: il s'agit de la pratique des mouvements du Tai-ji avec des armes ou des instruments divers, tels l'épée (Taiji-jian), le sabre (Taiji-dao), le bâton (Taiji-gun), l'éventail (dont la pratique se développe récemment; surtout chez les femmes, à travers des séquences créées par différents maîtres, et dont les mouvements sont particulièrement esthétiques).

© "Encyclopédie des arts martiaux de l'extrême orient" de Gabrielle et Roland Habersetzer - Amphora



                                                                                                                 

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Copyright Sakura Dojo ©. Tous droits réservés.Mise à jour : samedi 12 mai 2012Contact : sakura.dojo@sfr.fr